Entre eaux cristallines et montagnes mystérieuses, Sulawesi est un joyau méconnu de l’archipel indonésien. Cette île en forme d’orchidée, autrefois appelée Célèbes, abrite des merveilles sous-marines et des cultures ancestrales qui résistent au temps. Je vous embarque dans mon périple d’un mois à travers cette terre d’aventures, du nord au sud, des récifs coralliens aux maisons traditionnelles aux toits incurvés.
Le paradis sous-marin du Parc National de Bunaken
Après un vol de nuit depuis Bali et une courte escale à Manado, me voilà sur l’île de Siladen, au cœur du Parc National de Bunaken. Mon bungalow au Siladen Dive Resort offre un confort bienvenu avant de plonger dans les eaux riches du Triangle de Corail.
Dès ma première immersion, c’est la révélation. Les tombants vertigineux de Bunaken sont tapissés de gorgones roses et rouges, ornés de coraux fouets et parcourus par des bancs de poissons-papillons pyramide. Mais ce qui fait la réputation de Bunaken, ce sont ses tortues – j’en ai croisé tellement que j’ai arrêté de compter après la quarantième! Sans exagérer, Bunaken pourrait bien être la nouvelle capitale mondiale des tortues.
Mon guide Frenki, expert en photographie sous-marine, me révèle aussi les trésors microscopiques cachés dans ce paradis : nudibranches colorés, hippocampes pygmées plus petits qu’un ongle, et même un poisson-mandarin dansant sur le sable.
Plongée nocturne dans l’inconnu
L’expérience la plus mystérieuse reste la plongée « black-water ». Après un briefing par Dimpy, la biologiste marine du resort, nous partons en mer au crépuscule. Attachés à une corde sous le bateau, nous dérivons dans l’obscurité totale, nos lampes attirant les larves de créatures récifales.
« C’est comme observer l’évolution en direct, ces créatures mystérieuses qui ne rejoindront le récif qu’après plusieurs métamorphoses », m’explique Dimpy en pointant une minuscule larve de crevette-mante, transparente et scintillante dans le faisceau de ma lampe.
Bangka et Lembeh : le royaume de la biodiversité
Direction le nord-est de Sulawesi, vers l’île de Bangka, où le Coral Eye Resort – ancienne station de biologie marine reconvertie en éco-lodge – devient ma nouvelle base. Ici, les récifs sont moins profonds, l’eau plus lumineuse, et la biodiversité tout aussi époustouflante.
Je garde un souvenir ébloui de Batu Goso, véritable labyrinthe sous-marin fait de pentes abruptes et de cavernes. C’est là que j’aperçois un trésor : une rare gorgone bleue surnommée « blueberry gorgonian », dont la couleur surréaliste détonne au milieu des oranges et des roses.
Les surprises du « muck diving » à Lembeh
Le détroit de Lembeh, avec ses fonds vaseux, offre un contraste saisissant. Ce que les plongeurs appellent « muck diving » (plongée dans la boue) est en réalité une chasse au trésor pour photographes. Dès ma première immersion nocturne, j’ai la chance d’observer une seiche flamboyante, créature rarissime et spectaculaire aux couleurs psychédéliques.
Le lendemain, l’émotion est à son comble lorsque je découvre des œufs de seiche éclos – minuscules créatures blanches fantomatiques scintillant dans le courant. Le guide pointe également un dragon de mer de Lembeh, parfaitement camouflé dans son environnement, puis un poisson-grenouille géant jaune vif posé sur une éponge.
« Le détroit de Lembeh est comme une chasse au trésor sans fin. Chaque centimètre carré de vase peut cacher une merveille que personne n’a jamais photographiée », me confie mon guide en repérant un minuscule hippocampe pygmé de Pontoh.
Les îles Togean : plongée en eaux vierges
Après un long voyage terrestre vers Gorontalo puis en bateau rapide, j’atteins l’éco-resort Sanctum sur l’île d’Una Una, au cœur du Parc National des Togean. Ici, les sites de plongée sont déserts – pas d’autres bateaux à l’horizon, juste une immensité bleue qui n’attend que nous.
Ce qui frappe immédiatement, c’est l’échelle des formations coralliennes : éponges tubulaires gigantesques, gorgones XXL et visibilité parfaite. Certains sites, comme Black Forest, semblent être des points sources génétiques pour le Triangle de Corail.
« C’est comme plonger dans une forêt primaire sous-marine, où chaque section révèle une période différente de l’évolution des récifs », observe le manager du resort alors que nous naviguons entre d’immenses structures coralliennes en forme de pins, de choux et de champignons.
À Satellite, je vis l’une de mes plus belles plongées : dériver en pleine eau entre des sommets sous-marins, entourée de gorgones démesurées et d’éponges aux dimensions improbables, avec des bancs de barracudas et de carangues bleues tournoyant autour de nous.
Le pays Toraja : voyage dans un autre temps
Après cette première partie consacrée aux merveilles sous-marines, je retourne à Makassar deux mois plus tard pour explorer la partie terrestre de Sulawesi. Un long trajet en voiture de neuf heures me conduit à Rantepao, au cœur du pays Toraja.
Sur la route, je m’arrête à Rammang-Rammang, paysage karstique spectaculaire fait de tours calcaires émergeant de rivières et de mangroves. Une balade en bateau me permet d’explorer des grottes et des villages nichés au creux de ces formations.
Les tongkonans et le culte des ancêtres
Dès mon arrivée à Tana Toraja, je suis immergée dans une culture fascinante. Les tongkonans, maisons traditionnelles aux toits incurvés en forme de bateau, dominent le paysage. À Lemo, je découvre des falaises sculptées abritant des chambres funéraires, avec des effigies en bois appelées « tau-tau » qui veillent depuis leurs balcons.
Le village de Kete Kesu m’impressionne par sa place centrale bordée de tongkonans ornés de cornes de buffle – symbole de statut social – et par sa falaise où des cercueils sont suspendus, certains datant de plusieurs siècles.
Participer aux rituels funéraires
J’ai le privilège d’être invitée à des funérailles traditionnelles, événement central de la vie toraja. Au marché de Rantepao, je suis stupéfaite par le prix des buffles destinés aux sacrifices – un buffle albinos peut atteindre 50 000 euros, témoignant de l’importance de ces cérémonies.
Accueillie par une famille, je m’installe avec les femmes qui préparent le festin. Elles m’expliquent que les corps des défunts sont souvent conservés dans les maisons pendant des années, jusqu’à ce que la famille puisse organiser des funérailles dignes de ce nom.
« Ici, nous ne disons pas que quelqu’un est mort. Nous disons qu’il dort, en attendant son voyage vers l’au-delà », me confie une femme en servant du thé sucré.
À Tumbang Datu, une magnifique rangée de tongkonans m’éblouit par ses décorations minutieuses. Une habitante m’explique que sa mère « dort » à l’intérieur, expression typique pour désigner les corps en attente de funérailles.
Entre rizières et tombeaux ancestraux
Mon dernier jour à Tana Toraja, je monte jusqu’à Batutumonga, à 1300 mètres d’altitude. La vue sur les rizières en terrasses qui s’étagent jusqu’à Rantepao est à couper le souffle. L’air frais de la montagne et le vert intense des jeunes pousses de riz créent une atmosphère paisible.
À Lo’ko Mata, je découvre des tombes creusées dans un rocher massif, encadrées par une forêt de bambous bruissants. À Bori, ce sont des cercles de pierres dressées qui témoignent de rituels ancestraux, mêlant animisme et influences chrétiennes plus récentes.
Avant de quitter cette région, je fais provision de café Toraja, considéré par beaucoup comme le meilleur d’Indonésie. Son goût légèrement caramélisé avec des notes de chocolat noir restera, avec les images de tongkonans et de récifs coralliens, l’un de mes plus précieux souvenirs de Sulawesi.
Makassar : dernier arrêt avant le départ
De retour à Makassar, je profite de mes derniers jours indonésiens pour explorer cette ville portuaire animée. Le Fort Rotterdam témoigne du passé colonial, tandis que la promenade de Losari s’anime au coucher du soleil, avec ses familles qui se détendent et ses vendeurs de street food.
Une excursion en bateau vers l’île de Lae-Lae me permet d’observer la vie quotidienne des pêcheurs. Dans les ruelles étroites bordées de maisons colorées, des enfants m’entourent, curieux de cette visiteuse qui parle quelques mots d’indonésien.
Un dîner de crabe au piment au restaurant Ratu Gurih conclut en beauté ce voyage. Alors que je savoure ces saveurs relevées typiques de Sulawesi, je planifie déjà mon retour pour explorer Wakatobi, destination de plongée légendaire située au sud-est de l’île.
Sulawesi, avec ses contrastes saisissants entre mondes marin et terrestre, entre modernité et traditions ancestrales, reste une destination d’exception pour qui cherche l’authenticité loin des sentiers battus de Bali.



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